Le touladi des Grands Lacs d’amont

Gestion du touladi


La perte de touladis a eu un impact durable sur la santé du lac Huron et, dans une moindre mesure, du lac Supérieur. En conséquence, des efforts multinationaux et intergouvernementaux ont été lancés dans les années 1950 pour réhabiliter ces écosystèmes lacustres.

 

Contrôle de la lamproie marine
Le contrôle et l’éradication de la lamproie marine dans les Grands Lacs d’amont constituent l’un des principaux mandats de la Commission des pêches des Grands Lacs, une organisation binationale fondée en 1955. Au Canada, les fonctions de la Commission des pêches des Grands Lacs sont entreprises par Pêches et Océans Canada, qui exploite le centre de contrôle de la lamproie marine, à Sault Ste. Marie, en Ontario.

 

Les mesures de contrôle de la lamproie marine consistent principalement en le traitement chimique des rivières de reproduction et en l’installation et l’entretien de barrages à la migration des lamproies. Les traitements chimiques ont commencé en 1958 dans les affluents du lac Supérieur, et en 1960 pour le lac Huron. Le programme de contrôle a permis de réduire le nombre de lamproies marines à une fraction de leurs niveaux pré-contrôle, mais les efforts sont continuels. Le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario contribue au programme de contrôle de la lamproie marine en faisant l’estimation de la taille de la population de lamproies marines via le suivi du pourcentage de touladis blessés retrouvés dans la pêche commerciale.

 

La pêche commerciale
Plusieurs approches ont été utilisées pour réduire l’impact de la pêche commerciale sur le rétablissement des populations de touladis. Certaines zones du lac Huron ont été désignées comme réserves de poissons, ce qui limite à la fois la pêche commerciale et récréative du touladi. Des restrictions saisonnières et sur les engins de pêche ont également été mises en oeuvre pour réduire les prises collatérales de touladis (touladis qui sont pris dans les filets destinés à capturer d’autres espèces). Avec les récentes augmentations de l’abondance du touladi dans certaines parties du lac Huron, des quotas commerciaux de touladis ont été développés. Ces quotas s’efforcent de trouver un équilibre entre le maintien des possibilités de pêche commerciale pour les espèces comme le grand corégone, tout en limitant la pêche de touladi à des niveaux qui permettent encore le rétablissement des populations de touladis.

 

Les quotas individuels ont également été fixés pour la pêche commerciale du touladi dans les eaux profondes du lac Supérieur. Tant que le rétablissement complet n’est pas atteint, tous les quotas dans les zones côtières sont désignés comme collatéraux seulement.

 

Plans de gestion
Une approche globale du rétablissement des populations de touladi a commencé par l’élaboration de plans de réhabilitation à l’échelle du lac pour le lac Huron en 1985 et pour le lac Supérieur en 1986. Les plans favorisent la coordination inter-institutions pour le rétablissement de populations de touladis autonomes dans les eaux canadiennes et américaines.

 

Des objectifs pour la communauté de poissons ont été établis pour le lac Huron (1995) et le lac Supérieur (2003), confirmant l’importance du touladi comme un prédateur dominant dans la communauté de poissons et fixant des objectifs et des cibles spécifiques pour son rétablissement. Un plan plus détaillé et ciblé, spécifique aux eaux canadiennes du lac Huron, a été achevé en 1996. Le plan de rétablissement des touladis pour le lac Huron (juridiction canadienne) s’est concentré sur les stratégies qui comprenaient l'approvisionnement, les zones de rétablissement, le contrôle de la lamproie, le contrôle de l’exploitation, la conservation des stocks de relique, des programmes intégrés d’évaluation et de recherche, et la gestion de l’habitat.

 

 

Repeuplement
Les efforts visant à restaurer le touladi dans les eaux canadiennes du lac Huron ont commencé dans les années 1950 avec l’approvisionnement en touladis (Figure 6). Les poissons provenant de ces premiers approvisionnements avaient un faible taux de survie à cause des attaques répétées par la lamproie marine, et il est devenu évident que le contrôle de la lamproie marine était essentiel pour le rétablissement du touladi. Des efforts énergiques pour contrôler l’abondance de la lamproie marine ont commencé dans les années 1960.

 

Les efforts de recherche sur le lac Huron ont également été dirigés à d’autres approches de rétablissement de touladis. L’hybride moulac (un croisement entre le touladi et l’omble de fontaine) a été développé dans les années 1950. On croyait qu’un touladi de maturité plus précoce aurait une plus grande chance de se reproduire avant qu’il ne devienne assez grand pour être vulnérable à la prédation par la lamproie marine. Le lac Huron était approvisionné en moulac et en hybrides issus de rétrocroisements (croisements entre un moulac et un touladi) à partir des années 1960 jusqu’aux années 1980 (Figure 6). L’absence de la reproduction naturelle chez ces hybrides et la suppression éventuelle de la lamproie marine à des niveaux qui ont fourni de meilleures chances de survie au touladi ont entraîné un arrêt d’approvisionnement en hybrides. Depuis 1996, seulement des souches pures de touladi ont été relâchées dans les eaux canadiennes du lac Huron. Il s’agit notamment des souches de Michipicoten et Slate Island dans le lac Supérieur, du lac Manitou dans Manitoulin Island et Parry Sound et, dans la baie des Iroquois, les souches restantes du lac Huron.

 

Dans le lac Supérieur, l’approvisionnement en souche pure de touladis a commencé dans le début des années 1950 et a culminé au milieu des années 1980 (Figure 7). Le rétablissement récent des populations de touladis dans la plus grande partie du lac Supérieur a réduit la nécessité de repeuplement. Le repeuplement est maintenant limité à des parties de l’est du lac Supérieur, où les niveaux de population de touladis sont encore faibles.

 

Le but ultime des programmes de repeuplement est de rétablir des populations adultes autonomes qui peuvent se reproduire, de rétablir la fonction écologique, et soutenir la pêche sans intervention supplémentaire.

Nombre de touladis repeuplés
Figures 6 et 7: Nombre de touladis repeuplés en Ontario dans les Grands Lacs d’amont de 1950 à 2009.