Le touladi des Grands Lacs d’amont

Facteurs influant sur le touladi

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Les adaptations qui ont permis au touladi de vivre dans les Grands Lacs d’amont sont les mêmes traits qui les rendent sensibles aux activités humaines. Comme ils vivent longtemps et qu’ils sont à maturation tardive, ils sont sensibles à la surpêche : Lorsque de nombreux poissons de reproduction sont enlevés de la population, il faut des années pour les remplacer. Parce qu’ils ont évolué dans un environnement froid vierge, ils sont vulnérables à la pollution et aux espèces envahissantes. Parce qu’ils ont évolué dans un environnement pauvre en espèces où le touladi adulte était au sommet de la chaîne alimentaire avec peu de compétition ou de prédation, ils étaient mal équipés pour faire face à l’afflux d’espèces non indigènes dans les Grands Lacs d’amont, en particulier les lamproies marines parasites.

 

Prédation par la lamproie marine
La lamproie marine (Photo 2) est un poisson qui ressemble à l’anguille et est originaire de l’océan Atlantique. En Amérique du Nord, la distribution des lamproies marines indigènes incluait les rivières et les lacs, avec un libre accès à l’océan Atlantique, y compris le fleuve Saint-Laurent et, possiblement, le lac Ontario. Ils n’ont pas pu se répandre dans le lac Érié à cause des chutes du Niagara jusqu’à l’ouverture du canal Welland en 1829 et aux améliorations ultérieures du canal en 1919. Leur présence a d’abord été enregistrée dans le lac Huron en 1932 et dans le lac Supérieur en 1938. La rivière St. Marys, qui relie les deux lacs, serait le site de la plus grande ponte de la population de lamproie marine dans les Grands Lacs d’amont.

 

 

Lake Trout UGL photo 2

Photo 2 : Lamproie marine attachée à un touladi. 

Photo gracieuseté de Pêches et Océans Canada.

 

Lake Trout UGL photo 3

Photo 3 : Bouche de lamproie marine avec des 

dents tranchantes et râpeuses. Photo gracieuseté 

de Kevin McVeigh, Pêches et Océans Canada.

 

Les lamproies marines adultes sont des prédateurs parasites: ils se nourrissent en s’attachant au corps d’autres poissons, en utilisant un disque de succion avec leurs dents tranchantes et râpeuses pour percer le corps de leurs proies et se nourrir de sang et d’autres liquides organiques (Photo 3). En général, ils restent attachés à un poisson hôte pendant deux à dix jours, parfois plusieurs lamproies étant attachées à un poisson hôte simultanément. Il a été estimé que 40 à 60 % des poissons hôtes meurent des suites de leurs blessures (Photo 4), soit par la perte de sang ou par une infection secondaire. Une lamproie adulte tue environ 18 kg de poissons au cours de sa phase parasitaire. Les lamproies marines s’attaquent à la plupart des espèces de poissons de grande taille dans les Grands Lacs d’amont, mais ont une préférence pour le touladi.

 

Lake Trout UGL photo 4

Photo 4 : Plaies sur un touladi causées par une 

lamproie marine. Photo : Arunas Liskauskas.

 

Lorsque les lamproies marines ont commencé à envahir les Grands Lacs d’amont, il n’avait aucun moyen de contrôler leur nombre, et la pêche au touladi en a été fortement affectée. Dans le lac Huron, la pêche commerciale de touladis est passée de 1,5 millions de kilogrammes en 1937 à pratiquement zéro en 1947. Dans le lac Supérieur, la pêche a chuté d’une moyenne d’avant l’invasion d’un peu plus de 1 millions de kilogrammes à moins de 50 000 kg en 1961. Alors que d’autres facteurs ont également affecté les populations de touladis pendant cette période, l’introduction de la lamproie marine a été le catalyseur de l’effondrement et le principal obstacle à la réadaptation.

 

La pêche commerciale
La pêche commerciale dans les Grands Lacs d’amont a été établie au milieu des années 1800 pour fournir du grand corégone à la population croissante dans la région des Grands Lacs et pour compenser la perte d’emplois dans l’industrie du commerce de la fourrure à la baisse. Comme le nombre de corégones a commencé à baisser, le touladi est devenu plus important. Au tournant du siècle, la disponibilité de plus grands navires et l’amélioration des engins de pêche ont permis aux pêcheurs commerciaux de voyager plus loin et d’avoir accès à des eaux plus profondes, conduisant à la pêche d’un plus grand nombre de poissons.

 

La récolte de touladi dans le lac Huron a culminé dans les années 1900 et a pris fin dans les années 1940 lorsque les populations de touladis se sont effondrées. Le lac Supérieur a connu une baisse similaire du nombre de touladis vers la fin des années 1940 (Figure 4).

 

Récolte commerciale annuelle3

Figure 4 : Récolte commerciale annuelle de touladi dans les eaux canadiennes du lac Huron 

et du lac Supérieur.

 

Autres facteurs influant sur le touladi
Les populations de touladis dans les Grands Lacs d’amont sont exposées à un certain nombre de facteurs de stress différents (Figure 5) :

 

Facteurs influant sur la croissance et la survie du touladi3

Figure 5: Facteurs influant sur la croissance et la survie du touladi 

dans les Grands Lacs d’amont.

 

 

*Dans les années 1960, les chercheurs des Grands Lacs furent perplexes face à la mort de touladis alevins de causes inconnues. De nombreuses études sur la mortalité des alevins, une mauvaise croissance, et un comportement inhabituel des poissons juvéniles ont montré que tout cela était lié à de faibles concentrations de thiamine dans les oeufs. L’affliction est connue sous le nom de syndrome de carence en thiamine et est causée par un régime alimentaire composé principalement de gaspareau.