
L'anguille d'Amérique représente une partie importante de la diversité biologique du lac Ontario, en plus d'être une bonne indication de l’état de santé de l’écosystème. Les anguilles, qui sont des prédateurs situés à l'extrémité de la chaîne alimentaire, aident à l'équilibre des autres espèces de poissons, notamment les espèces envahissantes comme le gobie.
Autrefois abondante, l’anguille d’Amérique a été pendant longtemps une source de nourriture et un gagne-pain pour la population établie sur les rives du cours supérieur du Saint-Laurent et du lac Ontario. Les Premières nations qui vivaient le long du Saint-Laurent, en particulier les Iroquois, pêchaient l’anguille dont ils se nourrissaient en hiver et lors de leurs déplacements. Selon des récits historiques remontant à des archives du milieu du 17e siècle, un pêcheur aurait pêché « à la foène » (au dard) 1 000 anguilles au cours d'une même nuit.
Selon des registres de pêche commerciale, on pêchait l'anguille dès 1886. Pendant les années 1980 et au début des années 1990, l'anguille d'Amérique a été parmi les trois premières espèces de poissons de pêche commerciale les plus importantes en valeur marchande en Ontario. À son sommet, sa valeur au débarquement avait atteint 600 000 $ et, certaines années, l'anguille a représenté pour près de la moitié de la valeur de l'ensemble des prises de pêche commerciale du lac Ontario.
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Figure 1. Le nombre moyen d'anguilles gravissant l'échelle à anguilles chaque jour, au cours d'une période de 31 jours par an entre 1974 et 2004. L'échelle est située au barrage hydroélectrique R.H. Saunders, à Cornwall, en Ontario. Remarque : aucune donnée disponible pour 1996.
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cours supérieur du Saint-Laurent et au lac Ontario diminue de manière considérable (figure 1). Par
exemple, le nombre moyen d'anguilles migrant jusqu'au fleuve Saint-Laurent, près de Cornwall, est
passé de 25 000 par jour dans les années 1980 à près de 230 par jour en 2005. L'anguille d'Amérique semblerait en déclin dans toute son aire de répartition.
Parallèlement, la quantité de prise commerciale d'anguilles a diminué d'environ 223 000 kilogrammes(kg) au début des années 1980 pour passer à 11 000 kg en 2002.
Répartition et cycle biologique de l'anguille d'Amérique
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| Figure 2. Répartition mondiale de l'anguille d'Amérique. (Pêches et Océans Canada, Le monde sous-marin, L'anguille d'Amérique. Reproduit avec la permission de Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2006) |
Le cycle biologique de l'anguille d'Amérique est complexe (figure 3). Toutes les anguilles d'Amérique font partie d'une seule et même population reproductrice dont le lieu de frai se situe dans un seul endroit au monde – la mer des Sargasses dans l'océan Atlantique. De là, les jeunes anguilles remontent l'océan à contre-courant, puis migrent vers l'intérieur, vers des cours d'eau, des rivières et des lacs. Ce périple prend parfois plusieurs années, et il arrive que des anguilles parcourent jusqu'à 6 000 kilomètres. Une fois qu'elles ont atteint ces étendues d'eau douce, les anguilles y restent entre 10 et 25 ans pour se nourrir et grossir avant de repartir vers la mer des Sargasses pour se reproduire.
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| Figure 3. Le cycle biologique de l'anguille d'Amérique comprend plusieurs étapes. Il commence dans l'océan lorsque la larve de l'anguille, appelée leptocéphale, sort de l'œuf. La leptocéphale, transportée par le Gulf Stream, se change en civelle transparente (de forme plus allongée comme l'anguille) aux abords des côtes et migre vers l'intérieur des terres en direction des ruisseaux, des rivières, et des lacs pour grandir et devenir une anguillette (une version en taille réduite de l'anguille adulte). Dans les eaux douces, l'anguillette grandit pour devenir une anguille jaune, puis, finalement, une anguille argentée (quasiment adulte). L'anguille argentée retourne ensuite vers la mer des Sargasses pour frayer, recommençant ainsi le cycle au complet. |
Pratiquement toutes les anguilles d'Amérique que l'on retrouve en Ontario sont des femelles grosses
et très fécondes (pondeuses). Avant leur déclin en Ontario, les anguilles présentes dans le lac Ontario et le cours supérieur du Saint-Laurent semblent avoir contribué de manière considérable à la
reproduction de la population mondiale d'anguilles.