La lutte contre la rage du renard en Ontario

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Automne 2009


LA LUTTE CONTRE LA RAGE DU RENARD EN ONTARIO

Les chercheurs du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario (MRN) pensent avoir trouvé un moyen d’arrêter la progression de la rage. Les chercheurs du MRN estiment pouvoir enrayer la rage du renard en Ontario en larguant chaque année environ 500 000 appâts contenant un vaccin antirabique au-dessus des régions où la rage persiste ou est réapparue.

 

Pourquoi l’Ontario devrait-il s’inquiéter de la rage ?

La souche arctique de la rage, qui est propagée par le renard roux et la mouffette rayée, sévit en Ontario depuis 1954 et représente un grave problème, notamment dans le Sud de l’Ontario. Bien que la rage affecte surtout le renard roux et ait infiltré les populations de mouffettes du Sud de la province, la souche s’appelle « souche arctique » parce qu’elle trouve son origine dans l’Arctique canadien. Jusqu’en 1992, on signalait dans le Sud de l’Ontario plus de cas de rage que dans toute autre province ou dans tout État d’Amérique du Nord. La présence de la rage coûte aux gouvernements plus de 7 millions de dollars par année en diagnostics, en enquêtes menées sur les rapports de morsures d’animaux, en soins prodigués aux personnes mordues par des animaux enragés, en indemnités aux agriculteurs ayant perdu du bétail, en coûts associés aux mises en quarantaine et à la recherche. En outre, les Ontariens dépensent chaque année 50 millions de dollars pour faire vacciner leur animal domestique. Le dernier cas de décès humain attribuable à la rage en Ontario remonte à 1967. On croyait que c’était le virus arctique de la rage, mais le typage de souche n’était pas possible à l’époque. On a commencé à distinguer les divers types et souches de rage en 1979.

 

Comment avons-nous abordé le problème ?

En collaboration avec les scientifiques de Connaught Laboratories, des universités Queen’s, McMaster, de Toronto et de Guelph, et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, l’Unité de recherche et de développement sur la rage du MRN s’est attaquée à la rage à sa source : le renard roux. Les travaux de recherche ont surtout été axés sur l’immunisation des renards sauvages. Les scientifiques croient maintenant que s’ils parviennent à immuniser un pourcentage suffisamment élevé de la population de « l’espèce porteuse » qui transmet la maladie, celle-ci finira par disparaître complètement. La société Artemis Technologies Inc. s’est récemment jointe à la lutte contre la rage.

 

Recherche d’une solution

La vaccination à grande échelle des espèces fauniques présente de nombreux défis. Bon nombre des vaccins antirabiques actuels sont efficaces sous forme d’injection, mais l’inoculation d’un nombre suffisant de renards sauvages n’est pas réaliste. On peut, par contre, distribuer le vaccin oral sous forme d’appât. Le vaccin antirabique ERA®, virus actif « recombiné », a été conçu pour vacciner les renards. Ce vaccin doit être absorbé dans la gueule de l’animal, car il serait détruit par une absorption au niveau de l’estomac. Les appâts actuels renferment une ampoule contenant 1,8 ml de vaccin antirabique. Le vaccin génétiquement modifié ONRAB®,  plus récent, est aussi efficace pour vacciner les renards, de même que les ratons laveurs et les mouffettes, par voie orale.

 

Il a également été difficile de trouver un appât contenant un vaccin qui attirerait les renards. L’appât ne doit pas seulement être appétissant, il doit aussi être facile à produire en série, à entreposer, à manipuler et à disperser sur de grandes superficies. Les chercheurs doivent veiller avant tout à ce que l’emballage-coque contenant le vaccin soit mâché avec l’appât. L’appât qui s’est avéré efficace est un mélange de graisses, de cire et d’aromatisants.

 

La mise à l’essai des solutions

En 1989, après de nombreuses années d’études à petite échelle, les chercheurs du MRN ont amorcé un programme pilote de lutte contre la rage échelonné sur cinq ans. Ils ont commencé sur un territoire de 30 000 km2 dans le Sud-Est de l’Ontario. Ils ont choisi une zone suffisamment grande pour prouver que c’était bien le programme de largage d’appâts, et non simplement un cycle naturel, qui allait modifier l’incidence de la rage.

 

En septembre et en octobre de chaque année, des avions du MRN spécialement équipés ont largué des appâts destinés aux renards sauvages à raison de 20 appâts par km2 le long de couloirs aériens espacés de deux kilomètres. Les avions Twin Otters sont dotés de matériel spécialement conçu pour le largage des appâts. Ces avions sont pilotés au moyen des plus récentes technologies informatiques et des satellites qui permettent de disperser des millions d’appâts le plus uniformément possible et à une densité prédéterminée. Le nombre d’appâts largués est contrôlé par ordinateur et soigneusement enregistré. On réduit ainsi au minimum le gaspillage. Le ministère a parfois recours à des hélicoptères et à la dispersion à la main pour distribuer les appâts en milieu urbain et dans d’autres secteurs.

 

Les efforts du MRN sont-ils fructueux ?

Aucun renard ayant la souche arctique de la rage n’a été signalé dans le Sud-Est de l’Ontario depuis septembre 1993. De 1970 à 1989, on signalait en moyenne 385 cas de rage par année dans la région traitée. En 1993, ce taux avait chuté à 16 cas. Parmi ces 16 cas, on comptait 4 renards, 3 mouffettes, 1 coyote, 1 loup, 1 vache et 6 chauves-souris (un des renards avait été infecté par une souche du virus de la chauve-souris). Les chauves-souris portent leur propre souche du virus de la rage et, comme celles qu’on trouve en Ontario sont des insectivores de petite taille, le programme de vaccination contre la rage n’a aucune incidence sur elles. De 1994 à 1999, le secteur du Sud-Est de l’Ontario a enregistré environ 9 ou 10 cas de rage par année, tous liés aux chauves-souris. Le premier cas de rage du raton laveur (souche Mid-Atlantic) à pénétrer le Sud-Est de l’Ontario depuis les États-Unis est survenu le 13 juillet 1999 (voir la feuille de renseignements intitulée La rage du raton laveur – les faits), mais la souche arctique de la rage ne s’est jamais réinstallée dans ce secteur. On a donc réussi à éliminer la souche arctique de la rage du Sud-Est de l’Ontario.

 

En 1993, le programme mis sur pied pour éliminer la rage du renard a été étendu au reste de la zone du Sud de l’Ontario où sévit la rage. En 1998, le taux de rage est tombé à son niveau le plus bas en Ontario depuis 1961. Bien qu’on ait signalé, en Ontario, environ 2 000 cas de rage par an dans les années 80, à la fin de 1998, il n’y en avait plus que 78, dont seulement 4 cas de rage du renard. Par contre, de 1999 à 2002, l’incidence de rage en Ontario est passée de 99 à 210 cas par année. Cette hausse n’était pas le résultat d’une recrudescence de la rage du renard dans le Sud de l’Ontario, mais plutôt de la réapparition de la rage du renard dans le Nord de la province de 2000 à 2002, de l’invasion en Ontario de la souche mid-Atlantic de la rage du raton laveur depuis les États-Unis et du nombre anormalement élevé de chauves-souris enragées (54) en 2001. Entre 2003 et 2008, il y a eu environ 100 cas de rage en Ontario annuellement : 56 cas de rage de la chauve-souris, 24 cas de rage de la mouffette, 13 cas de rage affectant des animaux domestiques (bétail et animaux familiers) et deux cas de rage du renard, tous affectés par la souche arctique, et 5 cas de rage du raton laveur, atteint surtout de la souche mid-Atlantic. La souche de rage du raton laveur a disparu de l’Ontario après 2005, mais les ratons laveurs sont, à l’occasion, affectés par la souche arctique de la rage. Bien que le nombre de renards enragés ait nettement diminué dans le Sud de l’Ontario, deux préoccupations méritent encore notre attention et justifient la continuation des programmes de largage d’appâts pour enrayer la rage du renard. D’abord, la rage de souche arctique persiste chez les populations de mouffettes, surtout dans le Sud-Ouest de la province. Il faut larguer des appâts dans ces secteurs où il y a encore des mouffettes enragées de manière à empêcher la rage d’infiltrer à nouveau les populations de renards. Le MRN continue donc de placer des appâts dans ces zones pour vacciner la population de renards. Ensuite, la rage du renard a refait surface dans certaines régions du Nord de l’Ontario (Sudbury, Cochrane et Kirkland Lake). Ces régions nordiques doivent être surveillées et faire l’objet d’un programme de largage d’appâts, au besoin, pour empêcher la maladie de se rétablir de façon permanente.


Renseignements:

 

Natalie Gorman
Ministère des Richesses naturelles
705 755-1551


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