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| Plusieurs épinettes de la forêt boréale portent une barbe de vieillard, en fait un lichen, dont les caribous raffolent. Photo par Stan Vasiliauskas, MRN. |
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| Les lichens comptent parmi les organismes les plus durables sur Terre. Ils peuvent se développer dans les climats les plus venteux et froids, comme celui du littoral rocheux du lac Supérieur. |
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Bien que les lichens soient fascinants et très communs, leur étude a été quelque peu négligée. On ne sait pas grand-chose des effets que peuvent avoir sur eux les activités forestières.
Wayne Bell, chercheur scientifique à l’IRFO, a d’abord répondu au pied levé à des questions sur la sensibilité des lichens aux herbicides forestiers vers le milieu des années 90. « Une brève incursion dans la documentation existante a fourni peu d’information; j’ai donc bien vu qu’il y avait là une lacune à combler », explique-t-il.
Grâce à un financement accordé par la Forest Ecosystem Science Cooperative, M. Bell a collaboré avec Troy McMullin, étudiant de troisième cycle à l’Université de Guelph, et avec le professeur Steven Newmaster pour amorcer une étude sur le sujet dans le Nord de l’Ontario. Selon M. Bell, les résultats de leurs travaux révèlent que la gamme de sensibilité aux herbicides s’étend des lichens tolérants aux lichens très sensibles, et que les variétés richement ramifiées sont les plus vulnérables.
« Cette excellente étude, menée dans des peuplements de conifères parvenus à semi-maturité et ayant peu de concurrence des feuillus, dévoile pourquoi et comment les herbicides affectent les lichens, souligne Kandyd Szuba, biologiste à la société EACOM. À titre de mise en garde, je dirais seulement qu’en temps normal, ces types de peuplement ne seraient pas ciblés dans un programme de pulvérisations. Il faudrait donc réunir plus de données sur la réaction des lichens dans un contexte plus opérationnel. Il serait également intéressant de comparer le rétablissement du lichen dans les peuplements pulvérisés par rapport au rétablissement après une perturbation naturelle telle qu’un incendie. »
Monsieur Bell convient que selon des recherches antérieures, les feuillus concurrents peuvent intercepter une partie de l’herbicide avant qu’il tombe sur le sol (et sur les lichens) dans le contexte opérationnel et que d’autres recherches s’imposent concernant la sensibilité des lichens aux herbicides dans diverses conditions.
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The effects of triclopyr and glyphosate on lichens (obtenir un PDF)
Le saviez-vous? Faits concernant les lichens
- Les lichens sont des organismes primitifs semblables à des végétaux, en partie algues et en partie champignons (cyanobactéries). Les scientifiques les qualifient de symbiotiques, ce qui signifie qu’ils sont constitués de deux organismes différents qui coexistent et entretiennent une relation mutuellement bénéfique.
- Très communs en Ontario, les lichens poussent sur l’écorce et les branches des arbres, les pierres, la paroi des falaises, le sol nu, les bardeaux, les édifices et même la carapace des tortues.
- Ils sont parfois très beaux lorsqu’ils tombent en longues grappes des branches d’une épinette noire ou qu’ils ornent les rochers de taches rouges, jaunes et vertes. Le lichen appelé « cladonia soldats-britanniques » est très joli et ressemble à une minuscule troupe de soldats en habits rouges marchant le long d’une bille de bois pourrie.
- Les lichens n’ont ni racines, ni tiges, ni fleurs ni feuilles, mais la partie algue assure la photosynthèse (utilise la lumière du soleil pour produire l’énergie nécessaire à la croissance et à la reproduction).Ces remarquables organismes se développent sous des climats plus variés que les algues ou les champignons seuls, des déserts les plus chauds et secs jusqu’aux zones les plus glaciales de l’Antarctique. Ils peuvent se dessécher sans mourir et renaître lorsqu’il pleut.
- De plus, ils peuvent assurer la photosynthèse lorsque la température est bien au-dessous de zéro, ce qui leur donne un avantage par rapport aux végétaux ordinaires sous les climats froids comme celui de l’Ontario.
- Bien des animaux sauvages se régalent de lichens, notamment le caribou. Les oiseaux s’en servent pour faire leur nid, et les insectes et les escargots y trouvent une source de nourriture et un abri. Les lichens absorbent aussi les nutriments présents dans l’air (ils aident par exemple à fixer l’azote) et produisent des acides qui contribuent à désagréger la pierre pour constituer le sol.
- Au fil de l’histoire, les humains ont utilisé les lichens pour en faire des aliments, des teintures, des vêtements, des décorations, des médicaments et d’autres produits, mais renseignez-vous avant d’en ramasser, car certains sont toxiques.
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| Plusieurs types de lichens peuvent croître sur une même bûche qui pourrit, y compris la si joliment nommée cladonia soldats-britanniques, connue pour sa couleur rouge éclatant. Les lichens contribuent à la décomposition des vieilles bûches, donc au renouvellement de la forêt. Plusieurs espèces sauvages dépendent du lichen : c’est une source alimentaire primordiale pour le caribou et le petit polatouche l’utilise pour tapisser son nid. Le lichen est cultivé commercialement en Scandinavie, où il est moulu et utilisé pour épaissir les soupes et les desserts. |



