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| John Haak examine un des nombreux semis d’arbres qui ont été plantés. Photo : Jason Mortlock |
« Tu as perdu la tête? »
Il y a vingt ans, lorsque John Haak achète une ferme de 41 hectares (environ100 acres) près de Clinton, dans le comté de Huron, cette question lui est régulièrement posée.
Parmi les terres agricoles les plus fertiles du Canada, John choisit ce qui semble la pire des propriétés. Le terrain, dans la partie sud, est assez plat, bien que parsemé d’îlots marécageux. Dans la partie nord, mi-pâturages, mi-lots boisés, le sol est pauvre et grossier. La survie de John et de son épouse, Janet, ne dépend toutefois pas de la rentabilité de la propriété, car John gagne bien sa vie à la mine Sifto Salt, située à proximité de Goderich et la plus grande mine de sel dans le monde. Ils font néanmoins construire une maison et une grange et gardent pendant quelque temps un petit troupeau.
Or, John a un rêve. Les espaces boisés et la faune l’intéressent depuis toujours. Il aime chasser et pêcher et il est membre d’une association locale de propriétaires de boisés.
« Je voulais faire quelque chose de cette propriété », dit-il.
Grâce à l’aide d’un programme forestier axé sur les terres privées, aujourd’hui abandonné, John se met donc à planter des arbres. Il recueille des semences d’arbres et les échange contre des semis et des gaules à la pépinière locale. « J’avais en tête de faire pousser des arbres pour produire du bois, tout en améliorant l’habitat faunique et la protection de ces terres », dit-il.
Avec l’aide du Fonds pour les habitats humides, John se lance ensuite dans plusieurs petits projets de rétablissement des zones humides. Une fois ces projets menés à bien, il est prêt à en tenter d’autres plus importants.
La partie sud de la propriété se composait essentiellement de terres humides avant d’être asséchées à des fins agricoles. En fait, en cas de fortes pluies, de vastes étendues sont toujours inondées. En 2007, John planifie un projet de rétablissement des terres humides avec le Conseil d'intendance du comté de Huron, le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario (MRN), l’Office de protection de la nature de la vallée de la Maitland et la Municipality of Central Huron. Le projet permettrait de rétablir les anciennes terres humides, sans déplacer une installation de drainage municipale qui traverse les terres de John.
John creuse un étang et demande à des entrepreneurs d’y installer au fond un tuyau perforé, qui alimente en eau la zone et reçoit aussi les eaux de surface qui s’infiltrent dans le sol. L'évacuation du surplus d’eau s’effectue par un drain agricole, celui-ci contrôlant aussi le niveau d’eau. D’autres drains agricoles permettent qu’une zone humide boisée mitoyenne soit inondée lors des crues saisonnières.
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| John Haak, propriétaire, à côté d’un milieu humide restauré. Photo : Jason Mortlock |
Cette « réhydratation » du site, terminée en 2008, a donné des résultats. La terre retient davantage d’eau et pendant plus longtemps, les réserves d’eau souterraines se sont reconstituées, le débit de base a augmenté, la qualité de l’eau s’est améliorée et l’habitat faunique s’est enrichi. Les arbres et arbustes que John a plantés de 2007 à 2009 dans la partie adjacente aux terres humides a encore davantage agrandi l’habitat.
« J’adore me promener sur la propriété », dit John. « C’est paisible, j’assiste aux changements saisonniers et je vois des chevreuils, des dindons sauvages, des lièvres, des castors, des rats musqués et toutes sortes de grenouilles. »
« J’ai bien fait attention à ce que l’étang ait une forme irrégulière et qu’il remonte en pente douce du centre vers les eaux peu profondes, car c’est là que l’on voit des bestioles aquatiques aux activités multiples et diverses », dit John. « Et aujourd’hui, des végétaux en tous genres commencent à pousser sur le pourtour de l’étang. »
John n’a pas encore dit son dernier mot. L’étape suivante sera la restauration d’une autre petite zone de terres humides et la création de plusieurs aires de prairie pour fournir un habitat aux animaux qui en sont amoureux.
Outre l‘appui du conseil d'intendance et de l’office de protection de la nature, John a également reçu une aide financière pour ses projets de rétablissement des terres humides du MRN dans le cadre de l’Accord Canada-Ontario concernant l’écosystème du bassin des Grands Lacs (ACO), de Canards Illimités Canada, du Plan environnemental de la ferme, du Projet d'assainissement de l'eau du comté de Huron (Huron Clean Water Project) et de l’Office de protection de la nature d'Ausable-Bayfield.
John a débuté avec des terres agricoles marginales. Aujourd’hui, la superficie cultivable ne représente que sept hectares (environ18 acres), les habitats de zones humides naturelles ou restaurées, de prairies et de forêts se partageant le reste. Et plus personne ne pense que John a perdu la tête. En fait, il arrive de temps à autre que des gens s’arrêtent pour lui demander si la propriété est à vendre.
Pour en savoir davantage, contacter :
- Steve Bowers, coordonnateur de l'intendance environnementale, Conseil d'intendance environnementale du comté de Huron, Ministère des Richesses naturelles, Clinton, 519 482-3661
- Andy McKee, coordonnateur de l'écosystème du bassin des Grands Lacs – Lac Huron, Unité de gestion des ressources des Grands Lacs supérieurs, ministère des Richesses naturelles, Owen Sound, 519 371-5449

