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| Plantation d’une bande-tampon |
Un matin ensoleillé un jour d'été très chaud. Il n'a pas plu depuis des semaines et une grave sécheresse se prépare. Le labourage et les semailles se sont déroulés au printemps. Mais aujourd'hui le sol est brûlé. Aucun ombrage en bordure des champs pour le protéger un tant soit peu de la canicule : les haies ont été supprimées pour faire plus de place aux cultures. Un dernier filet d'eau boueuse sort encore des tuyaux de drainage et s'écoule dans le fossé en bord de route. De sombres nuages s'amoncellent rapidement à l'horizon, le vent se lève, balayant la poussière environnante et, tout d'un coup, le tonnerre gronde. Une forte pluie s'abat sur le sol assoiffé.
Avant de s'infiltrer dans le sol et d'abreuver les cultures asséchées, l'eau dévale, creusant de longues ornières et emportant avec elle les engrais que l'agriculteur a récemment répandus. Le fossé de drainage est brièvement plein, mais il se vide lorsque l'eau se met à filer vers les lits des rivières et ruisseaux proches, y déversant non seulement la couche de sol arable et de la boue, mais les polluant aussi avec les engrais.
Cette scène dépeint un tableau très noir de la situation. Pourtant, les agriculteurs de l'Ontario commencent à en être trop souvent les impuissants témoins. Jusqu'à récemment, nous, les gens ordinaires, n'avons pas compris une chose essentielle : en éliminant dans les champs les boisés et les zones marécageuses pour disposer de plus de terres cultivables et produire davantage, nous avons du même coup délaissé la méthode naturelle de stockage des eaux alors qu'elle est nécessaire à l'agriculture et à la purification de l'eau qui entre dans le réseau d'eau potable. Dans leur milieu naturel, les espèces en voie de disparition ont également besoin de cette eau.
La remise en état des terres humides, l'amélioration de celles qui existent, voire la création de nouvelles, sont devenues une priorité majeure pour les biologistes. Ces derniers cherchent des moyens pour faire retrouver aux terres leur résilience et aux eaux des Grands Lacs de l'Ontario leur quantité et qualité.
Selon Steve Bowers, « Lorsque de fortes pluies érodent les berges des rivières et ruisseaux, les eaux saturées de boue, de même que tous les éléments nutritifs, se déversent dans l'un ou l'autre des Grands Lacs de l'Ontario. Les efflorescences d'algues et les eaux très boueuses du lit des lacs empêchent les poissons de se reproduire. Se baigner ou faire du canotage perd de son charme et l'eau n'est plus potable. Et les animaux, insectes et plantes souffrent d'un manque d'aires saines pour procréer et survivre. »
Les Grands Lacs sont les puits qui alimentent en eau potable beaucoup de villes canadiennes et américaines.
Pour être potables, des eaux polluées, boueuses ont besoin d'être beaucoup plus purifiées que les eaux cristallines d'il y a deux siècles. D'un point de vue économique, nous, les êtres humains, avons fait un beau gâchis, peut-être inconsciemment, mais il n'en reste pas moins que c'est un gâchis.
Que faire?
Au ministère des Richesses naturelles de l'Ontario (MRN), une section est responsable des terres humides des Grands Lacs en vertu de l'Accord Canada-Ontario concernant l’écosystème du bassin des Grands Lacs (ACO). Les personnes qui en font partie se consacrent aux terres humides. Ce sont des as de leur remise en état. Des douzaines d'hommes et de femmes de plusieurs ministères sont à l'œuvre, rétablissant des terres humides au côté de nombreux organismes partenaires et de particuliers.
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| Partenariats d’agriculteurs |
Plus enthousiasmant encore pour tous celles et ceux qui s'intéressent à l'environnement (et quiconque a envie de boire l'eau propre) : ils créent de nouvelles terres humides. À titre d'exemples fascinants, deux projets de création et de restauration remarquables sont en cours dans le sud de l'Ontario.
Le projet de la baie Rondeau se déroule dans le bassin Rondeau (lac Érié). Après une évaluation de trois ans menée par Dr. Janice Gilbert, écologiste des terres humides, les propriétaires fonciers autorisent la construction de bassins de filtrage et de retenue, dans certains cas allant même jusqu'à redescendre sur terre et à se salir les mains aux côtés du personnel travaillant dans le cadre de l'ACO. Ensuite, tous ensemble, ils aménagent des terres humides autour de ces bassins.
L'autre projet, soit leprojet de restauration des cours d'eau et des terres humides du comté de Huron, tout aussi intéressant, est en cours le long de la côte ontarienne du lac Huron. Des propriétaires fonciers y prennent part aussi, soit en donnant leur feu vert, soit en exécutant les basses œuvres pour donner un coup de main. Quoiqu'ils fassent, ils se montrent tous pleins d'enthousiasme.
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| Steve Bowers |
Steve Bowers, le coordonnateur du Conseil d'intendance environnementale du comté de Huron au ministère, dit ceci : « Beaucoup d'agriculteurs de la région ont bien accueilli l'idée de mettre en œuvre de meilleures méthodes d'intendance des terres et des eaux. Il a fallu faire preuve d'imagination et de créativité pour trouver des solutions simples. Toujours est-il que nous avons planté jusqu'à présent plus 70 000 arbres et arbustes indigènes. Ils contribuent à arrêter l'érosion et à créer deszones tampons entre les ruisseaux et les terres humides.
Ils permettent aussi d'aménager des zones d'ombrage, de refroidir l'eau et d'améliorer la qualité de l'eau pour les poissons et d'autres animaux aquatiques, qui, comme on le sait, sont indispensables pour conserver la biodiversité. »
« Certains de nos projets comprenaient aussi la remise en état de terres humides et l'installation de clôtures le long des ruisseaux, sources et rivières, marécages et marais de façon que le bétail (vaches, moutons, voire chevaux et cochons) ne s'approche pas de ces zones vulnérables et les détruise ou les pollue. »
Des solutions simples pour régler de graves problèmes. Solutions qui ont toutes été retenues, car les terres humides jouent le rôle d'un système de filtrage et de nettoyage dans la nature, qu'elles créent, ce qui est aussi un avantage, des habitats pour les espèces végétales et animales rares et en péril, qui, privées du milieu indispensable à leur survie, disparaissent trop rapidement. D'autres solutions existent, des idées que vous pourriez trouver intéressantes et appliquer dans votre propre cour. Des petits trucs dignes de réflexion.
Pour en savoir davantage sur les projets de la baie Rondeau et du comté de Huron, voir :
• Protéger et rétablir – création et remise en état des terres humides• Partie 1 – Le projet de restauration des cours d'eau et des terres humides du comté de Huron
• Partie 2 – Le projet de la baie Rondeau
Il y a encore beaucoup à apprendre sur le rétablissement, la création et la conservation des précieuses terres humides de l'Ontario – voir aussi :
• Préserver la biodiversité des Grands Lacs – un aperçu
• Conserver/protéger les terres humides et encourager les mesures d'intendance dans le cadre du Plan conjoint des habitats de l'Est en Ontario
• Évaluation des terres humides en collaboration avec les municipalités ou la véritable signification de ces activités pour la biodiversité


