Utiliser des sons, des odeurs et des marqueurs génétiques pour attirer un vilain envahisseur

Des chercheurs de l'Université de Windsor ont commencé à mettre à l'essai certains éléments d'un meilleur piège pour capturer des gobies à taches noires. Ils espèrent que ce poisson vorace, introduit chez nous par les eaux des ballasts de navires transocéaniques en provenance d'Europe, va « mordre à l'hameçon ».

Des chercheurs de l'Université de Windsor ouvrent un piège à gobies à taches noires
Des chercheurs de l'Université de Windsor ouvrent un piège à gobies à taches noires. Photo : MRN/2007 ACO- Jason Mortlock

Les chercheurs croient que l'urine du gobie mâle en période de frai contient certaines substances (des phéromones) qui, relâchées dans l'eau, attirent les femelles adultes vers les nids des mâles. Ils pensent aussi que les œufs fécondés du gobie dégagent une autre sorte d'odeur qui attire les gobies cannibales qui ont faim.

 

Les chercheurs ont donc placé, à des endroits dans le lac Érié que fréquentent des gobies, des pièges garnis d'un appât composé des phéromones qu'émettent les mâles et les œufs. Si ces odeurs peuvent être recrées, elles pourraient être utilisées pour réduire les densités de gobies aux endroits où l'on sait qu'ils se nourrissent des œufs de poissons indigènes, ainsi qu'à l'embouchure des rivières, afin de réduire la propagation des gobies.

 

Il y a aussi le bizarre son profond (« woub ») qu'émettent les mâles. Cet étrange signal sonore pourrait servir à attirer les femelles et à éloigner les mâles rivaux. Les chercheurs ont découvert que les gobies à taches noires réagissent quand ils entendent ce son diffusé par un haut-parleur. Ces nouvelles connaissances pourraient les aider à concevoir un piège.

 

Entre-temps, les chercheurs étudient trois réseaux hydrographiques qui se déversent dans le lac Érié. Ils utilisent des marqueurs génétiques pour voir ce qui incite les gobies à se déplacer vers de nouvelles eaux. Une invasion est-elle une percée « amibienne » que mènent les gobies au périmètre d'une colonie, ou est-elle une expansion agressive, menée par quelques gobies « conquérants », prédisposés génétiquement à parcourir de longues distances en quête de nouveaux territoires ? Ce sont des questions que se posent les chercheurs.

 

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Le gobie à taches noires

• Le gobie à taches noires est un petit poisson qui vit au fond des eaux et dont les yeux rappellent ceux des grenouilles. Il peut frayer plusieurs fois chaque année et donc se multiplier rapidement. Sa présence a été constatée la première fois en 1990, par des personnes qui pêchaient dans la rivière Sainte-Claire (bassin du lac Érié). Il a aujourd'hui envahi les cinq Grands Lacs.
• Le gobie à taches noires est vorace. Il se nourrit d'œufs et de juvéniles de nombreuses espèces de poissons indigènes des Grands Lacs, dont le touladi, l'esturgeon jaune et l'achigan à petite bouche. Il rivalise avec des poissons indigènes pour les aires de frai et modifie les réseaux trophiques aquatiques. On n'a pas encore déterminé tout l'impact de son invasion, mais la disparition visible de nombreuses espèces de petits poissons qui vivent au fond des eaux et sont indigènes des Grands Lacs n'est pas un bon signe.
• Pour voir des gobies en train de frayer en laboratoire, voir la vidéo au site www.uwindsor.ca/goby
 


Collaborateurs :

  • Canadian Aquatic Invasive Species Network
  • Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada
  • Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario (Section de recherche-développement en matière de pêche)
  • Université de Windsor (Faculté des sciences biologiques)

 

Renseignements :

  • Jeff Brinsmead, biologiste des espèces envahissantes, Direction de la biodiversité, ministère des Richesses naturelles, Peterborough, 705 755-5424

 


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