Trois organismes unissent leurs efforts pour faire revenir un poisson fascinant, qui passe presque toute sa vie en eau douce, puis retourne au milieu de l'Atlantique, dans la légendaire mer des Sargasses, pour frayer et mourir.
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| Gros plan de la tête d'une anguille d'Amérique. Photo : MRN- ACO 2007-Jason Mortlock |
L'anguille d'Amérique était autrefois parmi les trois principaux poissons de pêche commerciale dans le bassin est du lac Ontario et le cours supérieur du Saint-Laurent. Aujourd'hui, Ontario Power Generation Inc. collabore avec le ministère des Richesses naturelles et Pêches et Océans Canada pour rédiger et mettre en œuvre un plan d'action visant à rétablir les populations de l'anguille à ces endroits.
Les efforts ne sont pas nouveaux. Le ministère a commencé, en 1974, à recueillir des données sur l'anguille et à essayer d'accélérer sa montaison au-delà des barrages hydroélectriques. Les effectifs de l'espèce ont toutefois diminué au cours des 20 dernières années, si bien qu'elle est aujourd'hui classée « disparition » conformément à la Loi sur les espèces en voie de disparition (Ontario).
Pour surveiller les résultats des efforts faits pour reconstituer les populations de l'anguille, des biologistes et des techniciens vont faire des relevés au chalut et à la pêche électrique dans les eaux autour de Mallorytown Landing, près de Brockville, de l'île Main Duck, au milieu du bassin est du lac Ontario, et de la baie de Quinte.
Les relevés au chalut consistent à remorquer un grand filet derrière un navire de recherche des Grands Lacs. Pour les relevés à la pêche électrique, des techniciens spécialisés en ce genre de technique injectent un faible courant dans les eaux pour immobiliser temporairement le poisson. Les anguilles immobilisées sont prises au filet et gardées dans un vivier, pour que les biologistes puissent les identifier, les peser et les mesurer. Elles sont ensuite relâchées indemnes dans les eaux où elles ont été prises.
Les pêcheurs professionnels apportent les anguilles qu'ils ont prises dans leurs filets à la Station de recherche piscicole de Glenora (ministère des Richesses naturelles), près de Picton, et à des installations près de Cornwall. Ces anguilles ne sont toutefois pas relâchées dans les eaux locales. Les biologistes implantent dans leur chair un traceur PIT (passive integrated transponder : transpondeur intégré passif) avant de les relâcher dans le Saint-Laurent, près de Montréal. À cet endroit, en aval de tous les obstacles à leur migration, elles peuvent rejoindre sans difficulté l'Atlantique.
Certaines peuvent toutefois être recapturées près de la péninsule de Gaspé. Cela permet aux biologistes de déterminer leur taux de survie et leur capacité à compléter leur cycle biologique après avoir été marquées et transportées à un nouvel endroit.
Le rétablissement des populations de l'anguille d'Amérique
Les centrales et barrages hydroélectriques, la destruction des habitats, la pollution et le réchauffement planétaire ont causé le déclin des populations de l'anguille d'Amérique dans le cours supérieur du Saint-Laurent et le bassin est du lac Ontario.
- Depuis 2006, Ontario Power Generation Inc., en coopération avec le ministère des Richesses naturelles, a relâché près de quatre millions de jeunes anguilles d'Amérique dans la baie de Quinte et le Saint-Laurent, entre Gananoque et Brockville.
- Des anguilles adultes ont été capturées et déplacées en aval de tous les barrages, pour qu'elles ne soient pas détruites par les turbines des centrales.
Malgré ces efforts, les effectifs de l'anguille ont baissé depuis le milieu des années 1990. L'anguille dans cette région est aujourd'hui en voie d'extinction.
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L'anguille d'Amérique
• L'anguille d'Amérique, une espèce indigène de l'Ontario, est un grand prédateur et un indicateur clé de l'état de santé de l'écosystème aquatique. Elle aide à maintenir un équilibre entre les autres espèces de poissons, dont les espèces envahissantes comme le gobie à taches noires. Les anguilles qui migrent dans le Saint-Laurent et le lac Ontario deviennent toutes des femelles quand elles atteignent l'âge adulte et sont les plus productrices de leur espèce.
• Remarquablement, toutes les anguilles d'Amérique appartiennent à une seule population qui se reproduit à un seul endroit dans le monde, la mer des Sargasses, dans l'océan Atlantique. De là, les jeunes anguilles se laissent emporter par les courants, puis migrent vers les rivières, lacs et ruisseaux des terres le long de la côte est de l'Amérique du Nord.
• TL'anguille se nourrit et atteint sa maturité sexuelle en eau douce. Elle y passe de 10 à 25 ans avant d'entreprendre sa migration ? parfois sur une distance de 6 000 kilomètres ? vers l'endroit où elle est née, la mer des Sargasses, où elle fraie et meurt.
Collaborateurs :
- Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec
- Hydro Quebec
- Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario
- New York Department of Environmental Conservation
- New York Power Authority
- Ontario Commercial Fisheries’ Association
- Pêches et Océans Canada
- Ontario Power Generation
- U.S. Fish and Wildlife Service
Renseignements :
- Alastair Mathers, coordonnateur (lac Ontario) des travaux reliés à l'Accord Canada-Ontario concernant l'écosystème du bassin des Grands Lacs, Unité de gestion des ressources du lac Ontario, ministère des Richesses naturelles, Picton, 613 476-8733
