Les systèmes sylvicoles

Les systèmes sylvicoles sont décrits selon la méthode de récolte utilisée. Par système sylvicole, on entend « une série planifiée de traitements visant les soins, la récolte et la régénération d’un peuplement » (Helms, 1998).

 

Le système utilisé pour un peuplement d’arbres donné est déterminé selon l’essence visée par la gestion forestière et par ses exigences de croissance. En général, plusieurs essences font l’objet d’une gestion à l’intérieur d’un même peuplement.

 

La décision d’utiliser un système sylvicole en particulier dépend non seulement des essences d’arbres à entretenir, mais aussi de plusieurs autres facteurs. En fait, les planificateurs de l’aménagement forestier tiennent compte des facteurs suivants :

 

  • les objectifs de gestion du terrain ou du peuplement, ou des deux;
  • l’âge et l’état des arbres visés;
  • l’écologie du site (p. ex., le sol, l’humidité et la présence d’éléments nutritifs);
  • les effets du changement climatique prévu sur la prochaine génération de la forêt;
  • les effets des opérations de gestion sur d’autres valeurs forestières (p. ex., la faune, les itinéraires de canotage et les sites écosensibles).

 

En Ontario, les forêts sont gérées conformément à l’un des trois systèmes sylvicoles suivants :

  1. le système de coupe à blanc;
  2. le système de coupe progressive de régénération;
  3. le système de coupe de jardinage.

Le système de coupe à blanc

 

Les opérations de récolte et de reboisement effectuées dans un système de coupe à blanc sont conçues pour imiter certaines des perturbations naturelles comme le feu, les inondations, la mortalité attribuable aux insectes et à la maladie, et le vent.

 

La plupart des essences de la forêt boréale, comme l’épinette noire, le pin gris, le tremble et le bouleau, sont bien adaptées à ces types de perturbations naturelles. La germination et la croissance de ces arbres dépendent d’un bon ensoleillement. Lorsqu’elles subissent l’une de ces perturbations naturelles, les forêts tendent, en se régénérant, à former des peuplements relativement purs et d’âge homogène. En raison du cycle de vie de ces types d’arbres, la coupe à blanc s’avère la méthode la plus appropriée sur les plans sylvicole et écologique pour récolter et régénérer ces peuplements.

 

Sur des milliers de générations, ces espèces se sont adaptées de façon à composer avec les effets des feux de forêt et elles ont développé des moyens de se régénérer après ces événements extrêmement perturbateurs mais néanmoins naturels.

 

À une certaine époque, le système de coupe à blanc donnait une forêt « équienne ». Autrement dit, tous les arbres du peuplement étaient par la suite coupés et le bois d’œuvre récolté plus ou moins au même moment. Dans la pratique, les arbres ne sont pas tous récoltés dans un parterre de coupe. En effet, les politiques et règlements en vigueur actuellement exigent qu’un certain nombre d’arbres soient laissés sur pied afin de protéger les valeurs autres que le bois d’œuvre (p. ex., l’habitat des poissons et de la faune) et de façon à reproduire une perturbation naturelle comme un feu de forêt. Peu de temps après la récolte, il se peut qu’un certain nombre d’arbres laissés sur pied meurent ou soient abattus par le vent, ce qui procure un habitat pour les espèces fauniques qui fréquentent les jeunes forêts. Le nouveau peuplement régénéré qui en résulte est composé principalement de jeunes arbres d’un âge homogène, ce qui lui vaut l’appellation de forêt « équienne ».

 

Résultat d’une coupe à blanc à l’ancienne (qui ne se fait plus en Ontario)

Résultat d’une coupe à blanc à l’ancienne (qui ne se fait plus en Ontario)

 

Outre les spécimens laissés sur pied, de petits groupes d’arbres sont également épargnés par les exploitants forestiers. Parfois, on laisse des bandes intactes pour qu'elles servent de corridor protégé aux animaux qui se déplacent d’une extrémité à l’autre de la forêt coupée. Toutes ces pratiques visent à imiter la configuration des peuplements après un feu de forêt et assurent le maintien de la biodiversité de la forêt dans le but de favoriser la continuation des processus écosystémiques naturels.

 

Régénération d’érables rouges dans un système de coupe de jardinage

Régénération d’érables rouges dans un système de coupe de jardinage

 

La régénération dans ce système peut être naturelle ou artificielle. Souvent, on encourage la régénération naturelle :

 

  • en prévoyant des récoltes après une année de semences abondantes;
  • en orientant les coupes de sorte que leurs longs axes soient perpendiculaires aux vents dominants;
  • en laissant des bandes, des blocs ou des arbres semenciers non coupés.

 

Autres renseignements sur la régénération

 

Le système de coupe progressive de régénération

 

Le système de coupe progressive de régénération est une pratique sylvicole visant à récolter des peuplements adultes en deux opérations ou plus, sur une période de 10 à 30 ans. La première opération laisse un couvert forestier ou un étage dominant « aminci » sous lequel les jeunes pousses peuvent se régénérer et croître à l’abri des arbres restants. Ce milieu partiellement ombragé favorise les espèces comme le pin blanc, l’épinette blanche et le chêne rouge.

 

Après la dernière coupe, la forêt est constituée de jeunes arbres vigoureux et bien développés, qui formeront un peuplement mature après une période relativement courte. Ce système est parfois utilisé pour régénérer les forêts endommagées, composées d’érables, de hêtres et de bouleaux jaunes, du Centre de l’Ontario.

 

Jeunes pousses de pin blanc couvrant le sol de la forêt Kirkwood.

Jeunes pousses de pin blanc couvrant le sol de la forêt Kirkwood.

 

Le système de coupe progressive de régénération est la méthode sylvicole appropriée à utiliser dans le cas d’essences d’arbres qui se sont adaptées aux événements naturels qui endommagent ou tuent seulement certains arbres d’un peuplement (p. ex., les feux de surface, les insectes et les maladies). Le système produit des peuplements équiennes (d’âge homogène) dans lesquels on peut retrouver des cohortes, ou groupes d’arbres, faisant partie de deux ou, parfois, de trois classes d’âge distinctes.

 

Avant d’entamer la coupe, les arbres font l’objet d’un marquage pour indiquer s’ils sont à récolter ou à laisser intacts. La première opération, soit la coupe préparatoire, permet d’enlever une partie du peuplement d’origine afin de favoriser la croissance et l’ensemencement des arbres. La régénération se produit alors de façon naturelle, à partir des graines provenant des arbres restants. Lorsque le processus de régénération est bien établi, les arbres adultes qui restent sont enlevés lors de la coupe finale.

 

Le système de coupe de jardinage

 

Dans un système de coupe de jardinage, on coupe tous les 10 à 20 ans des spécimens isolés ou de petits groupes d’arbres faisant partie d’un peuplement.

 

Pin blanc se développant sous un couvert de pins gris dans la forêt Kirkwood, en Ontario.

Pin blanc se développant sous un couvert de pins gris dans la forêt Kirkwood, en Ontario.

 

Le système de coupe de jardinage laisse un couvert forestier pratiquement intact, idéal pour les arbres tolérants à l’ombre, c’est-à-dire capables de germer et de parvenir à la maturité à l’ombre d’arbres plus gros. Ce système favorise l’apparition de peuplements inéquiennes. Les arbres qui composent le peuplement sont d’âges différents et ne constituent généralement pas des cohortes d’âge distinctes. Ce système imite les processus de régénération naturelle se produisant dans les secteurs où les perturbations majeures qui causent le renouvellement des peuplements, comme le feu ou les grands vents, sont relativement rares et où les arbres meurent l’un après l’autre ou en petits blocs.

 

Le système de coupe de jardinage est utilisé principalement dans la région forestière des Grands Lacs et du Saint-Laurent, sur des essences qui peuvent croître à l’ombre ou à la mi-ombre, soit l’érable à sucre, le hêtre, le bouleau jaune et la pruche du Canada.

 

Comme dans le cas du système de coupe progressive de régénération, avant d’entamer la coupe, les arbres font l’objet d’un marquage pour indiquer s’ils sont à récolter ou à laisser intacts. Certains arbres sont conservés pour les raisons suivantes :

 

  • pour leurs propriétés génétiques;
  • pour offrir de la nourriture aux animaux sauvages (arbres semenciers);
  • pour servir d’habitat ou de structure;
  • pour des raisons esthétiques.

 

La régénération se produit naturellement, à partir des souches, des drageons racinaires ou des graines qui se trouvent dans le reste de la forêt.

 

Bibliographie
HELMS, J.A. The Dictionary of Forestry. Society of American Foresters, Bethesda, Maryland, 1998, 210 p.