Cinq ans dans la vie d'un garde-feu

Première année : La recrue

Mon premier été en tant que garde-feu (pompier forestier) fut en 1998. Je n’avais absolument aucune expérience et tout m’excitait, de ma première randonnée en hélicoptère d’attaque initiale au port d’un extincteur dorsal et à la recherche de points chauds pendant les activités d’extinction finale. Les « vieux de la vieille » à ma base m’appelaient le « petit zélé » parce que je cherchais toujours quelque chose à faire. Les petits zélés sont généralement les premiers à offrir leurs services et les derniers à se reposer. Ceci est probablement dû

Extinction finale :

Action de rendre une zone incendiée sécuritaire après avoir maîtrisé l’incendie. Les mesures comprennent l’extinction de toute trace de feu au-dessus et en dessous de la surface du sol.

Point chaud :

Section d’un incendie particulièrement active comprenant des endroits où la propagation est plus rapide ou l’incendie est plus menaçant. Rechercher les points chauds contraste avec la lutte contre l’incendie partout en même temps ou progressivement.

au fait que la plupart des recrues veulent impressionner leurs superviseurs pour être embauchées à nouveau l’été suivant.

 

Figure 1. Quatre garde-feu ontariens attendent de se faire ramasser

Figure 1. Quatre garde-feu ontariens attendent de se faire ramasser
par un hélicoptère à côté d’un pont qu’ils ont construit.

Mon plus gros défi cet été-là fut d’apprendre à attendre patiemment les caprices de la nature. Lorsqu’il pleut beaucoup, il n’y a aucun feu à éteindre. Les garde-feu acquièrent tous de la patience parce qu’il faut parfois attendre très longtemps pour que la température s’améliore. Pendant ces périodes creuses, il y a beaucoup d’autres tâches à accomplir pour les équipes. Ils obtiennent une formation pour savoir quoi faire sur une ligne de feu, font un inventaire du matériel de lutte contre le feu dans l’entrepôt et bien d’autres choses encore, et même parfois – avec de la chance – les équipes aident le personnel de district en offrant un appui technique lors de certains projets pratiques intéressants.

En tant que recrue, vous faites la connaissance du système de la ligne de feu en effectuant une des deux tâches suivantes : « pompeur » ou « étendeur de boyaux ». Je m’occupais des boyaux. Ce n’est pas un travail de tout repos. Il faut marcher dans la brousse avec un sac dorsal renfermant 70 livres de boyaux encombrants et traverser des zones de chablis ou des marécages d’aulnes. C’est bien différent du test d’endurance physique qui doit être réussi dans un gymnase avant d’être embauché pour cet emploi.

 

Lorsque vous arrivez finalement à la bordure de l’incendie et que vous commencez à aménager une ligne autour du périmètre du feu, l’air est parfois tellement enfumé que vos yeux brûlent et n’arrêtent pas de larmoyer. Vous avez l’air de pleurer! C’est à ce moment que vous avez le plus de chances de vous faire fouetter le visage par des branches ou d’échapper les boyaux qui étaient dans le sac dorsal. Pendant ces moments stressants,

Figure 2. Des membres d’une équipe de lutte heureux de retourner à la maison.

Figure 2. Des membres d’une équipe de lutte heureux de retourner à la maison.

il peut sembler que plus vous essayez d’obéir aux ordres qui vous sont criés, plus vous avez du trouble à faire quoi que ce soit. Et lorsque vous croyez que vous avez finalement étendu le dernier sac de boyaux, votre chef d’équipe vous envoie chercher un autre sac. Si vous travaillez dans un endroit où il faut étendre de très longs boyaux, vous aurez peut-être la chance de voir des sacs tomber du ciel (ou du moins d’un hélicoptère).

Après avoir travaillé sur la ligne de feu pendant plusieurs heures, vous commencez à penser au souper et à quel point vous aimeriez un bon morceau de bœuf bien grillé dans votre assiette. Puis vous réalisez que c’est votre tour d’installer le réchaud au propane. Comme il n’y a pas de tranches de bœuf dans les réserves alimentaires d’une équipe d’attaque initiale, vous vous contentez de faire bouillir de l’eau pour un bon repas lyophilisé (déshydraté) de Mountain House. Je n’ai jamais réussi à ajouter la bonne quantité d’eau ou à attendre assez longtemps pour que les nouilles ne soient plus croquantes. Il est peut-être excitant d’être les premiers sur les lieux d’un incendie mais il est tout aussi excitant de retrouver une douche chaude, un lit moelleux et des repas pleins de saveur!