Le brûlage dirigé est l’application du feu dans une zone précise pour réaliser des objectifs prédéterminés de gestion forestière ou d’autres aménagements du territoire. Ceci peut aussi comprendre les incendies allumés par la foudre qui sont gérés pour réaliser des objectifs de gestion particuliers axés sur les écosystèmes, en tenant compte d’un ensemble de conditions de brûlage déjà formulées et en protégeant les ressources socio-économiques menacées.
Le brûlage dirigé a un certain nombre d’applications en Ontario et est utilisé pour
- diminuer les risques d’incendie en réduisant la quantité de combustible au sol;
- dégager les débris ligneux dans les zones forestières afin de préparer les lits de semence et les terrains de plantation;
- enlever les plantes indésirables qui font concurrence aux espèces désirables pour obtenir les éléments nutritifs;
- créer et améliorer l’habitat faunique;
- se servir du feu à titre de processus naturel pour gérer, préserver et améliorer les écosystèmes;
- réaliser des recherches sur les répercussions du feu;
- contrôler les insectes nuisibles et les maladies;
- enlever l’étage inférieur pour permettre à la lumière du soleil d’atteindre le sol, ce qui encourage la croissance d’espèces choisies;
- libérer les éléments nutritifs dans le matériel ligneux, sous forme de cendres, les rendant ainsi plus facilement disponibles pour l’écosystème et pour une croissance améliorée des plantes.
En plus de protéger les gens et les ressources, le programme de gestion des incendies actuel utilise les effets bénéfiques du feu pour aider à atteindre divers objectifs de gestion des ressources dans le paysage. Le feu est utilisé pour réduire et éliminer les dangers, pour préparer une zone pour le reboisement et pour renouveler les écosystèmes et l’habitat. Pour certaines applications, un brûlage dirigé peut aider à atteindre plus d’un objectif. Par exemple, un feu allumé pour éliminer les dangers posés par des sapins baumiers détruits par la tordeuse des bourgeons de l’épinette pourrait également favoriser le reboisement de la forêt en réintroduisant des essences adaptées au feu.
Réduction des dangers du feu
Les perturbations naturelles, comme les infestations d’insectes, les maladies des arbres et de grosses tempêtes de vent, peuvent être la cause de vastes zones forestières mortes, en mauvaise santé ou détruites par le vent. Les arbres qui meurent sèchent rapidement et risquent de causer un feu non maîtrisé. Les coups de foudre sont encore la cause principale des incendies dans les forêts ontariennes. Les incendies qui se produisent dans les forêts mortes ou mourantes se propagent souvent rapidement et leur extinction devient très difficile et très coûteuse. Les gestionnaires des ressources peuvent demander que des sections d’une forêt affectée soient brûlées pour créer des coupe-feu et éliminer des zones dangereuses. Si la zone affectée est plutôt petite ou à proximité de biens de valeur, le brûlage dirigé pourra être organisé pour brûler tous les arbres morts ou mourants.
Sylviculture
Le brûlage dirigé est utilisé pour préparer des terres forestières récoltées afin de pouvoir planter ou ensemencer ce qui deviendra la prochaine forêt. Le feu est allumé en tenant compte de conditions de combustible et de température calculées pour enlever une quantité établie de débris, de végétation concurrente et de couche supérieure de l’humus brut. Si ces conditions ne sont pas respectées, il est possible que le feu ne brûle pas assez de matériel ou soit tellement intense que le sol soit endommagé, que les éléments nutritifs soient détruits et qu’aucune couche de la litière organique et protective ne reste en place. Le feu expose le sol minéral et de nouveaux sites sur le parterre forestier qui peuvent accepter des semis et des graines. Les cendres provenant du feu libèrent des éléments nutritifs qui étaient entreposés dans la végétation; ceci favorise la croissance de la nouvelle forêt. Lorsque la plus grosse partie des débris de coupe sont enlevés, les planteurs d’arbres peuvent espacer adéquatement les plants pour assurer leur établissement et leur croissance.
Renouvellement des écosystèmes et de l’habitat
Lorsqu’il n’y a pas de feu non maîtrisé, les écosystèmes se modifient avec le temps, devenant souvent moins productifs et abritant une faune et une flore moins diversifiées. Du point de vue du paysage, le feu est un mécanisme important pour préserver la diversité de la faune en créant des habitats pionniers plus jeunes qui renferment une gamme d’aliments végétaux nutritifs et désirables. Le brûlage dirigé est utilisé par les gestionnaires des ressources pour renouveler et assurer la subsistance des écosystèmes tout en préservant l’habitat faunique à l’échelle locale.
Un brûlage dirigé de faible intensité appliqué sur l’étage inférieur de peuplements de pins rouges et de pins blancs adultes aide à assurer la régénération de ces essences anciennes. Le feu libère des graines des cônes, réduit la couche de litière végétale, augmente le flux des éléments nutritifs, élimine les parasites et les maladies et réduit la concurrence pour les semis qui émergeront. Dans la plupart des cas, le feu ne cause pas de dégât aux arbres adultes dans l’étage dominant car ceux-ci ont une écorce épaisse.
Le brûlage dirigé peut également être utilisé dans des zones d’herbes et de broussailles pour empêcher la croissance d’arbres dont les graines proviennent d’une forêt adjacente. Des brûlages périodiques préservent et renouvellent ces zones dans la mosaïque forestière. Les espèces fauniques qui ont besoin de la combinaison particulière de conditions d’habitat offertes par le complexe terres herbeuses-forêt, y compris la bande qui les sépare, restent dans la région.
Plusieurs brûlages dirigés en Ontario sont effectués dans le cadre du processus de gestion forestière. Lorsqu’une société forestière a fini d’exploiter une forêt, le terrain est souvent recouvert de débris de coupe (rémanents). Les rémanents comprennent des branches, des cimes d’arbre, des arbres morts et de la broussaille. Ceci rend la tâche plus difficile aux planteurs d’arbres qui doivent se déplacer dans une zone pleine de rémanents. Selon la quantité de rémanents sur le sol, ceci peut également rendre le terrain impropre à d’autres modes de régénération. Le brûlage dirigé enlève ces débris de coupe et réduit la couche d’humus ou expose le sol minéral sous-jacent dans certains terrains, facilitant la croissance de certaines essences.
Les gestionnaires des ressources évaluent les zones forestières pour déterminer s’ils ont besoin d’une préparation avant de commencer à se régénérer. Si un terrain a besoin d’être préparé, la méthode choisie comprendra des mesures mécaniques, des mesures chimiques, un brûlage dirigé ou une combinaison de ces méthodes. La méthode choisie dépendra de la quantité de débris sur le terrain, de la topographie et du mode de régénération proposé. Pour les terrains de pins gris, il est préférable d’enlever le plus d’humus possible pour exposer le sol minéral. Les terrains d’épinettes nécessitent peu ou pas d’enlèvement de l’humus. La végétation indésirable qui ferait concurrence au début aux arbres nouvellement plantés pendant leur première année de croissance peut également être enlevée.
Tout brûlage dirigé effectué en Ontario nécessite un plan de brûlage dirigé. Il s’agit d’un document détaillé décrivant les étapes à respecter pour réaliser un brûlage sécuritaire et réussir à atteindre les objectifs de gestion des ressources. Ce plan est élaboré par des gestionnaires des incendies et des ressources travaillant en équipe. Chaque membre de l’équipe est responsable de divers aspects du brûlage. L’équipe tient compte de plusieurs éléments clés.
On tient compte des limites naturelles sur le périmètre du site de brûlage proposé. Ces limites comprennent les lacs, rivières, marécages, peuplements de feuillus et chemins. Chacune de ces limites peut agir comme une barrière qui aidera à empêcher le brûlage dirigé de dépasser des limites prédéterminées.
On tient compte des ressources à proximité et des stratégies de protection sont formulées. Ces ressources peuvent comprendre des bâtiments, des peuplements forestiers pouvant être récoltés, des espèces fauniques menacées (comme les aigles), le bois coupé, les plantations, etc.
La quantité, la grosseur et le type de combustible forestier sur le terrain et leurs conditions d’humidité déterminent l’intensité du brûlage. Si les combustibles sont trop humides, ils ne brûleront pas bien; s’ils sont trop secs, ils pourraient brûler trop intensément.
La température est le facteur le plus important pour déterminer si un brûlage aura lieu. On surveille de près la température pendant les journées qui précèdent le jour du brûlage. S’il y a eu beaucoup de pluie, le brûlage sera retardé. Cette décision pourra également être prise si la température a été chaude et sèche, ou s’il y a trop de vent le jour du brûlage. Pendant le brûlage, on surveille attentivement des conditions météorologiques comme l’humidité, la température et le vent.
Lorsque toutes les conditions de planification sont respectées, le chef du brûlage dirigé approuve l’allumage du feu. Cet allumage peut se faire au sol ou dans les airs, ou une combinaison des deux. Une fois allumé, le feu devrait passer sur le site sans problème, brûlant les rémanents ou la végétation ainsi que la quantité désirée d’humus, ou exposant la superficie désirée de sol minéral.
Une fois que le brûlage est terminé, des équipes de lutte contre les incendies patrouillent les limites du feu, éteignant tous les points chauds et les petites enveloppes de feu. Ceci permettra d’assurer que des chaudes températures ou des vents ne rallumeront pas le feu du brûlage dirigé dans les jours qui suivent, le transformant en un feu non maîtrisé.
Le brûlage dirigé est, et continuera d’être, un outil de gestion des ressources pratique permettant d’assurer la croissance et la santé des forêts de l’Ontario.